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Un voyage en Iran, plan par plan

 

27 mai 2018 par Thierry Philippon

 

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Les secrets du bon reportage est un exercice basé sur des images montrables (je devrais dire montables), deux doigts de réflexion, de l'intuition (ce qui va fonctionner) et des essais encore et toujours. Je vous livre quelques-unes de mes habitudes décortiquées à partir d'une vidéo que j'ai conçue à l'occasion d'un voyage de 18 jours en Iran en avril 2018.


La vidéo a été filmée avec un Panasonic HC-VXF1 mais les conseils auraient été les mêmes ou presque, avec un autre boîtier. J'avais embarqué également un matériel-type léger amateur :


  • -1 mini-trépied de voyage, 
  • -1 batterie-chargeur supplémentaire,
  • -du matériel de nettoyage pour objectif,
  • -un vieux sac à dos photo Lowepro qui malgré son grand âge, me sert encore,
  • -et 6 cartes mémoire.

 



> LIRE LA SUITE : L'analyse technique de "Un voyage en Iran"

L'analyse technique de "Un voyage en Iran"

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Dès l'introduction de la vidéo, on trouve une citation célèbre. C'est une façon possible de négocier le début d'un film et de plonger le spectateur dans l'ambiance que vous souhaitez conférer à votre vidéo. Je m'efforce de choisir une citation en fonction de la nature du film. La concordance impose que votre film suive la tendance suggérée par la citation.


L'auteur de la citation, ici Nicolas Bouvier, est une référence avec son célèbre ouvrage "L'usage du Monde" décrivant le périple de deux voyageurs de 25 ans qui dans les années 50, partirent en voiture de Suisse pour rejoindre l'Afghanistan en passant par l'Iran. L'ouvrage n'est pas seulement palpitant, il est écrit dans un style admirable et caustique. D'ailleurs, de nombreuses citations du livre sont régulièrement mentionnées par des voyageurs blogueurs de voyage. L'une des plus célèbres reste sans doute : "On croit qu'on va faire un voyage mais bientôt c'est le voyage qui vous fait ou vous défait". Alors je me suis efforcé de dénicher une citation un peu moins répandue que les autres. Je conclus le film par une 2e citation du même auteur pour créer une boucle.


00.15

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Le plan-séquence qui sert d'introduction a été filmé depuis un train. C'est une scène relativement longue. Normalement on conseille - sauf intérêt particulier - de ne pas réaliser des plans de plus 15 à 20 secondes. Mais il peut s'avérer utile d'anticiper dès le tournage ce type de plan long, sans regarder le compteur qui tourne.


Ici le travelling du train et des camions illustre les déplacements qui vont rythmer la suite du film mais ils font aussi écho aux trajets effectués par les forçats de la route dans ce vaste pays, grand comme deux fois et demi la France.


La stabilité du plan a été obtenue par l'excellent stabilisateur du Panasonic VXF1, et par une position inconfortable mais très calée sur le rebord de la fenêtre du train.


Le plan qui suit le travelling ferroviaire a été obtenu à bord d'un bus. Vous pouvez vous autoriser ce raccord (train-bus), dès l'instant où vous respectez la règle d'enchaîner deux plans qui se dirigent dans le même sens. A défaut, vous revenez d'où vous venez ! Et ce n'est pas possible en termes de narration ! Attention à cette erreur fréquente.


00.42

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Une guide iranienne (parlant un excellent français) nous accompagnait sur les ruines de Persépolis. D'ordinaire je demande l'autorisation pour filmer une personne, mais ici j'ai opté pour une autre stratégie, consistant à ne jamais filmer cette personne de face en effectuant des plans de dos en marchant. Ils se sont avérés finalement suffisants. Vous noterez le crissement de pas sur le gravier qui remplit l'absence de voix et de musique, et donne une idée de la nature du sol.


01.18

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Bien que vous pratiquiez de la vidéo, je vous recommande l'accessoire indispensable, le mini-trépied de voyage. Les gros plans architecturaux supportent en effet très mal les plans tremblotants. Ici j'ai donc utilisé un mini-trépied tout simple.


On trouve des mini-trépieds de voyage dans toutes les marques. Les plus recommandables sont Manfrotto, Vanguard, Rollei, Sirui, Velbon, Hama... Pour ma part, j'ai emporté avec moi un Nanomax de Cullmann (ce modèle-ci) de 34 cm replié, et 107 cm déplié. Il ne fait pas tout mais c'est un bon compromis pour ne pas trop se charger. Seul le système de fixation (à vis 1/4'') n'est pas terrible car il contraint à dévisser sa caméra à chaque fois qu'on souhaite utiliser la caméra sans trépied.


01.37

De jeunes "riders" d'Ispahan cabriolaient à vélo, donnant à la place la plus célèbre d'Ispahan (et d'Iran) des airs de joyeux Carnaval. Je me suis calé, un genou à terre. Au montage, j'ai exploité la bande-son d'un musicien arménien dans un restaurant que j'avais filmé quelques jours auparavant.


Je fais un aparté à ce sujet : ce film n'est composé que de sons du terrain, sans aucune aide de musique extérieure. D'ordinaire je ne réussis pas à tenir tout un film sans musique additionnelle. Mais en Iran, la musique est fréquente, je le savais avant de partir, j'ai juste été plus attentif qu d'ordinaire à ce qui se présentait à moi (sons des restaurants, bruit de la rue, brouhaha du bazar, musique des bus, etc.) ! Sentant que je tenais un bon filon, j'ai ciblé un restaurant dans lequel des musiciens jouaient midi et soir de la musique traditionnelle.


Je reste à présent quasi persuadé que l'exercice qui consiste à ne pas ajouter de musiques en post-production, sans être facile, est faisable avec n'importe quel film, si on prépare le terrain dès la prise de vues. Il suffit parfois d'enregistrer une durée suffisante (ici 2 minutes) pour garantir au montage une continuité sonore sur plusieurs plans adjacents. Et de rester attentif aux sons du terrain, hors sons purement instrumentaux. Ainsi j'ai enclenché la caméra quand j'ai entendu au loin dans le bazar de Téhéran un vieil homme chanter. Si je n'y avais pas prêté attention, je n'aurais jamais "dégainer" ainsi la caméra.


Ne pas utiliser de musiques du terrain a de fortes chances de ne pas vous faire tomber dans les problèmes de droits d'auteur sur YouTube et cela vous garantit une totale authenticité puisque ces sons ont été captés sur le terrain.


01.56

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Il faut penser à filmer ces petits détails de la société qui font la substance d'un pays et de ses habitants. C'est la même idée que la célèbre bouteille de lait sur le pas de la porte des anglais. Ici le petit bonhomme vert marche à pas rapide, et ce détail est révélateur du pays car lorsque vous traversez une rue, le bonhomme ne reste pas très longtemps au vert et il vaut mieux ne pas trop traîner ! ... :) Pour l'anecdote, Antoine de Maximy dans sa célèbre série "J'irai dormir chez vous en Iran", filme le même bonhomme vert le 1er jour de son arrivée dans la capitale iranienne...

02.04 et 02.08

Si vous détenez une scène amusante (comme cet enfant iranien qui se recoiffe énergiquement dans le miroir ornemental alirs que je filmais précisément le miroir), profitez-en. Placez cette scène par exemple en guise de conclusion... Effet garanti.
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Je me suis amusé à cet exercice de raccord qui s'est imposé au montage en dérushant (ou inconsciemment au tournage quand j'ai vu le premier, j'ai pensé au second). Voyez si vos propres rushes ne comportent pas de telles possibilités de "correspondances", elles procurent de la cohérence et du liant à votre film.


02.19

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Il est toujours intéressant de capter un trait social dominant du pays. En Iran, les couples adorent se photographier mutuellement ou se faire photographier, toutes les techniques y passent. Ici les amoureux ont même disposé eux-mêmes un petit trépied ! J'en ai profité pour les filmer dans cette situation...

02.26

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De temps en temps, un voyage en bus longue distance occasionne la rencontre avec un troupeau d'animaux, ici des cabris. Plutôt que de voyager toujours en avion, il importe de multiplier les moyens de transport et d'emprunter les mêmes moyens de transport que les gens du pays. Vous y gagnerez ... des rencontres et des images à tous les coups ! Alors que dans l'avion...


J'ai enchaîné avec un troupeau... de voitures à Téhéran car le parallèle entre les deux scènes m'a semblé avoir du sens au second degré bien sûr. :)


03.28

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Sur les sites touristiques, il est souvent difficile de filmer sans avoir l'objectif importuné par des têtes et une forêt de smartphones. Cette mosquée situé à Chiraz est l'une des plus somptueuses mais aussi l'une des pires car sa beauté se manifeste aux heures les plus matinales, en raison des rayons du soleil qui baignent l'intérieur de la salle par le truchement des vitraux. Résultat : 100 à 200 personnes (au bas mot) photographient à tour de bras aux mêmes instants... Je suis donc allé dans cette mosquée en fin de journée. Le résultat n'était pas tout à fait aussi somptueux, mais pas un chat ! Et c'est tout de même très beau.


03.34

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Dans cette église arménienne, un panneau flanqué de 4 pictogrammes spécifiait les autorisations photographiques. Poser un trépied et Utiliser le Flash étaient interdits. Mais filmer (ou photographier) ne posait pas de souci. Le stabilisateur du camescope a remplacé en partie l'impossibilité d'utiliser le trépied.

03.52

iran femmes

Les (jeunes) femmes se photographient beaucoup entre elles et souvent, avec un gros reflex quand le mari utilise juste son smartphone (à 4.16'' par exemple) ou son compact. Pour un pays dont la femme est en partie soumise aux lois religieuses (le voile toujours imposé depuis 1979, devenu heureusement accessoire de mode), ce détail m’a beaucoup frappé car c’est l’inverse de chez nous !


Que les iraniens photographient beaucoup s'explique par le fait qu'eux aussi, font du tourisme (intérieur) pour découvrir les beautés de leur pays. Ainsi beaucoup de Téhéranais descendent à Chiraz (ville des poètes) ou vont à Persépolis ou à Yazd pour admirer les beautés de cette région. Du coup, ils ont bien des motivations de sortir l'appareil photo.


J’ai eu une chance inouïe avec cette scène qui forme un triptyque parfait constitué d’une iranienne qui s’est assise au fond, la jeune femme qui sert de "modèle" (à gauche) et la photographe (à droite). Mais je vous avoue avoir favorisé un peu la chance en me dépêchant d’arriver à l’endroit d’où j’aurais la meilleure perspective !


03.59

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Si vous revoyez la scène en vidéo, vous remarquerez l'extrême lenteur du zoom optique. Cette lenteur n'est pas le fruit d'une maîtrise de la bascule de zoom mais d'une fonction automatisée (nommée Zoom lent auto) qui permet de réaliser des zoomings très lents ou un peu plus rapides. On apprécie !


04.16

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Cette scène, également prise au zoom lent automatique sur mini-trépied posé dans la rue, illustre la notion que l'important n’est pas que la caméra bouge mais que dans le cadre, les éléments (ici des villageois, des enfants, des animaux…) s’animent dans le cadre. Avec cette simple idée présente à l’esprit, on réussit des plans comme celui-ci.

05.08

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Un voyage s'inscrit dans la durée. Votre vidéo de voyage doit refléter autant que possible cette durée en alternant les scènes diurnes avec des scènes nocturnes. Or dans de nombreuses vidéos, ce concept est oublié car le soir venu, on range la caméra. Résultat : votre vidéo, donnera l'impression de refléter le voyage d'une seule journée !


Pourtant, deux ou trois vues de nuit suffiront au spectateur pour rétablir le cycle jour / nuit de votre voyage.


05.21

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Vous connaissez peut-être la règle du panoramique qui consiste à partir d'un sujet intéressant pour aller vers un sujet encore plus intéressant.  Ici c'est ce qu'on a cherché à faire : commencer sur  un sujet en forme de clin d'oeil (une vieille caméra HDV) pour panoter sur la vue d'une place très animée à Chiraz.

06.08

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Cette image est à écouter car comme je l'explique plus haut, j'ai récupéré un chant filmé dans le bazar de Téhéran que j'ai placé sur plusieurs plans en amont jusqu'à parvenir au visage du chanteur. En restant attentif aux sons du terrain, on engrange beaucoup de sons comme celui-ci.


06.45

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Une juxtaposition de plats dégustés sur place en Iran. Une idée simple mais toujours payante et qui suscite souvent des réactions... Il parait que les photos culinaires sont celles qui s'échangent le plus à travers les réseaux sociaux...

07.04

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Bien que la scène ne le reflète qu'en partie, nous nous sommes égarés dans le dédale des allées du bazar d'Ispahan, fermé ce jour-là. La nuit approche, nous marchons depuis longtemps, nous nous retrouvons exactement (en moins drôle) dans la même situation que Louis de Funès dans le Gendarme à New York lorsqu'il cherche sa chambre d'hôtel ! Tout se ressemble et on a vite fait de se retrouver au point de départ ! Et la fatigue commence à se faire sentir... Nous terminerons nos pas à l'opposé de là où nous voulions ressortir et c'est une iranienne qui nous renseignera en anglais avec efficacité. Peu après, vous n'imaginez pas notre joie quand nous avons aperçu le seul taxi qui semblait attendre les clients égarés que nous étions...


Dans ces moments de stress (parfois mêlés de tension), tentez de résister au regard ostensiblement désapprobateur de celui qui vous voit filmer alors que votre seule préoccupation devrait être de chercher la sortie. Filmez ! Au visionnage des images, vous serez mille fois pardonné !


08.43

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Une image n'a pas besoin d'être tout le temps "belle", elle peut aussi être signifiante. Quand on sait, comme ici, qu'il s'agit de la plus ancienne porte d'Ispahan (1000 ans !) en grande partie rénovée, la composition de cette scène prend tout son sens, avec le vieil homme sur la gauche, symbole de l'ancienneté, et la voiture, symbole de notre civilisation moderne...

09.00

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Si vous détenez une scène amusante (comme cet enfant iranien qui se recoiffe dans le miroir ornemental que je filmais), profitez-en. Placez cette scène par exemple en guise de conclusion... Effet assuré.



(Un voyage en Iran, plan par plan)

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