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Un regard sur le quartier de la Défense

23 août 2018 par Thierry Philippon


Elle s’appelle Paulien Oltheten, elle est âgée de 36 ans, et son nom a pour origine le pays des polders. Cette « artiste », ainsi qu'elle se résume elle-même, pratique la photo mais aussi et surtout le documentaire, en mêlant quelques aspects fictionnels. Cette photo-vidéaste pétillante a remporté le prix Jeunes espoirs des Rencontres Photographiques d’Arles 2018 avec une exposition simple (en apparence) mais originale sur le fond et la forme, et que nous avons vue.
 
© Autoportrait de Paulien Oltheten.
 
Côté forme, sans être la première à pratiquer le genre, Paulien Oltheten réalise une "performance vidéo" sur 3 écrans, un premier écran à gauche où elle s'adresse au spectateur, un second écran au centre, où elle diffuse en photos ou en vidéo ce dont elle parle, et parfois sur un 3e écran situé à droite, elle détaille des documents photographiés. L'artiste s’exprime en anglais pour les besoins de la démonstration, mais c’est pourtant en France (et un peu aux Etats-Unis) qu’elle a réuni les éléments de cette expo. En marge de cette salle, certaines des photos qu'elle présente en vidéo sont exposées pour pouvoir les examiner de plus près, dans une qualité photographique.
 
 
 

DU SYNCHRONISME DANS LA PERFORMANCE VIDÉO

 
L'artiste ne se contente pas d’avoir disposé trois écrans, il y a du synchronisme dans sa performance vidéo, c’est à dire que lorsqu’une image est montrée au centre, Paulien y fait référence ou se tait, regarde au centre pour que le propre regard du spectateur se concentre au bon endroit, puis la jeune femme sort du cadre. Parfois un 3e écran s'allume à droite pour montrer des photos de détail, mais l’artiste n’en abuse pas, sans doute consciente que l’exercice a ses limites de simultanéité.
 
Le fond n’est pas moins intéressant que la forme. Paulien Oltheten a planté sa caméra au plus près d’un des quartiers les plus connus en Europe, celui de la Défense. Quartier qui a d’ailleurs donné le nom à  son exposition (« La Défense, un regard qui s’essaye »). Le qualificatif "qui s’essaye" est astucieux. On peut y voir un double sens : celui d’un quartier en perpétuelle évolution architecturale, qui essaye de ressembler à quelque chose. Mais on peut y voir aussi un deuxième sens, celui de l’Artiste qui essaye des trucs, s’intéresse aux "routines" (ce que les gens font de façon régulière dans un espace public). Par exemple Paulien filme une porte qui grince à chaque fois qu'un passant franchit la porte, trouve ça amusant, revient le lendemain pour compléter sa séquence vidéo, mais la porte est ouverte et ne grince plus !
 
 
Paulien a un côté Jacques Tati dans Traffic ou dans Mon Oncle. Douée d'un sens narratif aiguisé, elle raconte ses histoires avec un humour mêlé de candeur, et nous livre ses tentatives qui n'ont pas marché, un peu comme un(e) peintre qui commencerait sa toile peinte en bleu, n'aurait plus de pigments bleus et recommencerait une autre toile avec des pigments rouges… Rares sont les artistes qui montrent ainsi leurs "ratages" et en font quelque chose de signifiant et d'amusant…  
 
Ces deux vues font l'objet d'un travelling arrière qui part du visage de l'homme pour aboutir au dévoilement de sa boutique et des tours de la Défense dans le lointain
 

LA DÉFENSE, LIEU MAGIQUE ET ANGOISSANT

 
A la Défense, lieu aussi angoissant que magique (pour l’observation), l’artiste scrute le parvis et repères mille choses insolites dont elle s’étonne ou s’amuse. Quand la seule observation ne lui suffit pas, elle s’approche des gens et cherche à comprendre ce qu’ils font là, surtout ceux ou celles qui ne ressemblent pas à des hommes d’affaires (un sans-abri, une institutrice chic portant une valise bizarre et une veste kaki, etc.). Elle sera d'ailleurs invitée dans la maison de l'institutrice qui lui racontera l'incroyable destinée de cette valise ! :)
 
L'artiste s’intéresse aussi aux dessous de la Défense, bien moins reluisants que la surface aseptisée de son parvis, et où dorment parfois des sans-abris. 
 
 
Parfois l'image parle d'elle-même, sans nécessiter de conversation élaborée. Ainsi Paulien Oltheten nous montre dans un mouvement de travelling arrière une boutique nouvellement installée en plein milieu du parvis de la Défense. Une vision irréelle de cette boutique criarde qui n'a quasiment rien à vendre face aux bureaux vides de la Défense, qui se dévoilent peu à peu au regard du spectateur… Une scène à la fois empathique (pour l'homme) et terrible que Terry Gilliam aurait pu intégrer à son film Brazil.
 
 
 
Bref, allez donc voir cette expo avant le 23 septembre dans le cadre des Rencontres d'Arles. Le lieu de l'exposition se situe à Ground Control, près de la gare d'Arles, non loin de la place où Vincent Van Gogh a réalisé un célèbre tableau, la Maison jaune... S'il avait connue Paulien Olthete, il se serait peut-être épris de sa compatriote... ? :)
 

INFOS PRATIQUES

 

EXPOSITIONS DU 2 JUILLET AU 23 SEPTEMBRE INCLUS
(certains lieux d’exposition du centre-ville ferment le 26 Août)
TOUS LES JOURS DE 10H À 19H30 (dernière entrée 30 minutes avant la fermeture des portes)
Les Rencontres d’Arles sont entièrement bilingues (français/anglais)
Billetterie en ligne : rencontres-arles.com
 
Forfait Toutes expositions
Juillet/août : 35€ en ligne (42 € sur place en billetterie)
Septembre : 29€ en ligne (36 € sur place en billetterie)
Forfait Journée
Juillet/août : 28€ en ligne (35 € sur place en billetterie)
Septembre : 26€ en ligne (33 € sur place en billetterie)
Entrées lieux à l’unité : 6€
Gratuité : jeunes de moins de 18 ans, personnes à mobilité réduite, bénéficiaires de l’AAH, RSA, ASS ou ASP
 
Photo d'ouverture : © Paulien Oltheten, Square, La Défense, 2017 - Galerie Les Filles du Calvaire

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