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Une nouvelle caméra de cinéma nommée iPhone

17 juillet 2018 par Thierry P.


En matière d'expérience filmique, un premier long métrage de cinéma, Seul sur Mars de Ridley Scott, sorti en 2015, avec Matt Damon, avait marqué un tournant, car de très nombreuses scènes avaient été filmées à l’aide de plusieurs caméras grands-publics, en l’occurrence, des GoPro, placées dans l'intrigue même du film.
 
Seul sur Mars de Ridley Scott
 
La même année, un autre bel exemple est venu d’Iran avec le film métaphorique de Jafar Panahi, Taxi Téhéran, tourné avec 2 caméras Blackmagic, et qui a été filmé entièrement dans un taxi (pour contourner la censure iranienne à l'encontre du réalisateur).
 
Taxi Téhéran de Jafar Panahi
 
Le film que vient de sortir Steven Soderbergh - Paranoïa (Unsane en anglais) s’inscrit en partie dans cette lignée. L'enfant terrible d'Hollywood prend ni plus ni moins la suite logique d’une attirance de certains réalisateurs, par goût narratif, défi technique, ou nécessité financière (parfois les trois à la fois) pour les nouvelles technologies à bas coût offrant une plus grande liberté d'action.  
 
 
Le nombre de longs métrages tournés avec des caméras "non-cinéma" (vidéo en l'occurence) est en fait beaucoup plus important qu’on ne croit. La base de données cinéma IMDb en recense à elle seule plus de 80 !. Les films sont souvent tombés dans l'oubli le plus total comme The Girl from Today de Hal Hartley tourné en 2005 avec une caméra mini-DV DCR-VX2000 ou Das Fest de Thomas Vintenberg filmé en 1998 avec une DCR-PC3 ou PC7. Quelques films sont tout de même restés dans les annales comme les idiots de Lars von Trier tourné... en VX1000 !  Et en remontant le temps on pourrait même citer Godard qui a commencé la vidéo dans les années 1970. 
 
Tangerine de Sean S. Baker
 
Rien d’étonnant par conséquent sur le principe qu’un film soit enfin tourné avec un smartphone. D’autant que les cinéphiles auront noté que ce n’est pas le premier du genre. Ainsi Tangerine de Sean S. Baker, sorti en 2015, et filmé en iPhone5 semble être le précurseur. Et on ne compte plus les courts métrages réalisés avec un smartphone…
 
La vraie différence dans le film de Soderbergh est que ce produit banalisé qu’est devenu le smartphone, cet outil plutôt mal utilisé d’un point de vue cinématographique (filmage vertical à une main, et instantanéité de scènes "instagramées", "emailées"  ou "youtubées" la plupart du temps) est ici au service d’une véritable oeuvre cinématographique, émanant d'un réalisateur de renom. On est à une certaine distance de la qualité du cinéma 35mm, notamment en termes de gestion de la sensibilité,mais la relative bonne qualité d’un capteur de smartphone, justifie qu’un cinéaste ait tenté le coup. D’autant que Soderbergh  a employé des compléments optiques (de marque Moment) dont le principe est bien connu : celui d’une lentille grand-angle additionnelle qui est fixée sur l’objectif de l’iPhone et en accroît l'angle de champ. 
 
Le tournage du film s'est déroulé en moins de 2 semaines (un long métrage dure 4 à 6 mois en moyenne), un tempo accéléré qui a nécessité une adaptation en amont. Techniquement, le réalisateur de Sexe, Mensonges et Vidéo (déjà...) a utilisé 3 iPhone7 Plus. L'iPhone a permis d'obtenir des angles caractéristiques, en restant très près des acteurs et notamment de l’actrice principale atteinte de paranoïa. La caméra a pu être placée dans des situations subjectives en raison de sa petite taille. 
 
L'iPhone a été secondé d'une poignée stabilisante type Karma Grip, à laquelle le réalisateur a ajouté un trépied pour les plans fixes, et une tourelle, de plus petite dimension. Paranoïa a été tourné en UHD (pas en vrai 4K semble-t-il). Un drone a également été utilisé pour certaines scènes extérieures.
 
Filmic pro
 
Le tournage a été grandement aidé par l’application bien connue des iphoneurs Filmic pro qui permet de contrôler ce qu’on veut faire avec l’iPhone. Soderbergh a ainsi pu paramétrer l’exposition focus, la température de couleurs ou encore le frame rate et la résolution. Il a recréé les textures du film et les couleurs en post-production.
 
 
Il faut dire que Soderbergh est coutumier d’innovations technologiques, il explique d’ailleurs avoir testé depuis deux décennies bien des techniques qu’il a expérimentées. Il précise faire de même finalement avec ses acteurs : il expérimente avant de tourner, et juge de ce qu’il peut faire ensuite avec eux.
 
Soderbergh qui ne manque pas d’humour, raconte avoir montré son film aux équipes Apple, sidérées et fières en même temps d’apprendre qu'un long métrage avait été fimé entièrement en iPhone. Et quand il a précisé au team Apple que son prochain long métrage serait également filmé en iPhone, Soderbergh raconte avoir reçu le dernier smartphone en date…… il faut dire que pour Apple, c’est à peu près le meilleur placement de produit qu’on puisse imaginer... 
 
Précisons que d'après les critiques des spécialistes et des spectateurs, le film de Soderbergh ne semble pas être le chef d'oeuvre de l'année mais pour la prouesse technologique et l'esprit du film, il est probablement intéressant d'aller vous faire une toile. En attendant le prochain tourné au smartphone ?

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