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Un indice de réparabilité pour les mobiles, TV et ordis portables

06 janvier 2021 par Thierry Philippon


Indice de réparabilité. Derrière cette expression que vous rencontrerez dès 2021, se cache peut-être une petite révolution. L'idée, depuis longtemps stimulée sur le principe, mais jamais généralisée et encore moins décrétée, est de contraindre les fabricants à apposer une étiquette de réparabilité sur les produits électroniques. Cette loi sur la Consommation, initiée par Brune Poirson, l'ancienne secrétaire d’État auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, est enfin passée. Mais la loi concerne pour le moment les seuls smartphones, les TV ou encore les ordinateurs portables. La philosophie est un peu celle de l'indice énergétique pour un bien immobilier, un système de chauffage, ou le "blanc". D'ailleurs les lave-linge à hublot sont aussi concernés par cette mesure, tout comme les tondeuses à gazon (!).  La mesure s'inspire ausi de ce que pratique iFixit, un organisme américain qui attribue une note de réparabilité aux appareils qu'il teste.
 
Le principe est simple : plus la note est élevée, plus votre appareil est réparable. Petite déception, les appareils photo et caméras ne semblent pas concernés par ce décret, pas plus que les imprimantes (souvent au coeur de polémiques, voir ici), du moins pour le moment. Les efforts ont surtout porté sur le produits électroniques les plus achetés par les français. On peut toutefois s'étonner que les frigos soient absents de cette mesure, alors qu'ils me semblaient davantage vendus que les tondeuses. Mais bon... :)
 
 

LA FRANCE EN TÊTE

Cocorico qui prouve que la France n'est pas toujours en retard (suivez mon regard...), notre Hexagone est le premier pays à appliquer cet indice qui s'inspire indirectement d'une circulaire européenne contre le gaspillage (celle sur l'énergie), adaptée à la sauce française. L'objectif de la France paraîtra ambitieux selon les uns, timoré selon les autres : d'ici 2025, le gouvernement souhaiterait atteindre 60 % de taux de réparation des produits électroniques contre 40% aujourd'hui.
 
 
L'objectif pour les produits qui nous intéressent le plus, à savoir les smartphones, les TV et les ordinateurs portables serait double. Voire triple. D'abord, améliorer l'information du consommateur pour qu'il puisse choisir, des produits en fonction de cet indice de réparabilité. Ensuite, inciter les fabricants à améliorer la réparabilté de leur produits, voire à en finir avec le tabou de l'obsolescence programmée. Enfin, mais ce point est encore flou, développer un réseau de réparateurs français capables non seulement de réparer les produits dans l'Hexagone mais aussi avec davantage de proximité du domicile.
 
Pourquoi est-ce important ? Bien évidemment en raison de critères environnementaux (article L541-9-2 du Code de l’environnement) sur fond de loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire. Plus un produit est réparable, moins on achète un produit neuf et moins on produit de déchets, plus c'est bon pour la planète. Voire aussi pour le portefeuille. Car une réparation coûtera soivent moins cher que l'achat d'un produit neuf et dans la grande majorité des cas, cela vaut le coup de faire réparer, tant que la facture reste raisonnable. Mais c'est aussi et avant tout une mesure de protection du consommateur, qui protégera chacun, même ceux qui n'adhèrent pas ou peu aux thèses écologistes.
 
 
Le problème auquel le consommateur se heurte est que justement, certains produits sont difficiles à réparer au-delà d'un certain nombre d'années (problème de pièce détachées), ou entraînent une immobilisation prolongée de l'appareil (dont on a parfois besoin rapidement) ou coûtent trop cher à réparer, réduisant la motivation à donner son produit pour un changement de pièce. A titre d'anecdote personnelle, j'ai fait réparer une cafetière un peu haut de gamme (la rédaction boit beaucoup de café !) pour 92 euros (elle en valait 150 euros il y a 5 ans) alors qu'on pouvait la trouver sur le Back Market en très bon état avec une garantie 6 mois pour... 110 euros. J'ai tranché en faveur de la réparation pour favoriser un réparateur de quartier.
 
 
 

LES CRITÈRES DE L'INDICE

Comment serait calculé l'indice de réparabilité ? Les critères sont pour le moins complexes et surtout, auto-évalués par le fabricant, mais selon une charte assez clairement définie sur le papier. Parmi ces critères (cumulatifs), les premiers sont évidents comme la durée de disponibilité des pièces détachées (un vieux serpent de mer), les délais de livraison des pièces, ou encore "le nombre d’étapes de démontage pour un accès unitaire aux pièces détachées, ainsi que les caractéristiques des outils nécessaires et des fixations entre pièces détachées"...
 
 
A ce sujet, nous avons plusieurs fois testé un smartphone d'origine néerlandaise, qui fait figure d'exception, le Fairphone, dont la quasi totalité des pièces sont conçues sous forme de modules interchangeables. C'est un critère très important puisqu'un produit peut être conçu avec des pièces amovibles et réutilisables, ou ni amovibles ni réutilisables. L'indice de réparabilité de ce mobile devrait être du coup proche du maximum (il est déjà de 10/10 attribué par iFixit) puisque hormis le processeur, la quasi totalité des pièces peut être changée et  le consommateur peut opérer lui-même en "démontant" son mobile à l'aide de simples vis. Même les non-bricoleurs y parviennent sans difficulté.
 
D'ailleurs, la nature des fixations et des outils nécessaires interviennent aussi dans le calcul de l'indice de réparabilité. D'après ce que nous avons compris, on distinguera le outils "classiques" comme le tournevis, la pince, le fer à souder ou encore le voltmètre des outils plus spécifiques que pourraient nécessiter un fabricant en particulier pour réparer son produit;
 
D'autres critères entrent en jeu mais sont moins évidents comme la durée de disponibilité de la documentation technique, le conseils d'entretien ou encore des critères spécifiques à la catégorie d'appareils nommée.
 
Tous ces critères sont additionnés au moyen d'une note sur 20 et une note globale est attribuée selon une échelle de 1 à 10. 
 
 

VISIBILITÉ DES ÉTIQUETTES

Le consommateur pourrait consulter cette note de façon visible sur l'étiquette du produit (en magasin) ou lors d'un achat Internet, par une mention a priori visible, peut-être à côté des photos. Parallèlement une liste des ordinateurs portables, smartphones et TV  pour lesquels l’indice de réparabilité est disponible, sera publié sur le site de l'ADEME. Là encore, on demande à voir, les listes sont bardées de bonnes intentions, mais posent souvent des problèmes d'actualisation.

 
 
Concernant la visibilité de étiquette, la taille des caractères de l'indice devra être aussi imposante que le prix ! Cela promet quelques errements dans les premiers temps et un (petit) calvaire pour les consommateurs indécis qui hésiteront entre un prix moins cher avec un mauvais indice, ou un tarif plus élevé avec un meilleur indice.
 
Un code couleurs va aussi s'appliquer, après des incertitudes sur ce sujet. Le vert indiquera un bon, voire très bon indice (au-dessus de 8) alors que le rouge désignera une mauvaise note (au-dessous de 2). D'autres couleurs intermédiaires (jaune, orange...) échelonneront l'indice de 2 à 8...
 
On étudiera tout ceci de près. Car derrière la solidité du texte de loi, le diable se cache souvent dans les détails. Des questionnements se posent encore. Ainsi les sceptiques craignent un phénomène qu'on a déjà connu depuis plusieurs années. On lui a même donné un nom : le greenwashing. Certaines associations de lutte pour l'environnement craignent en effet que les fabricants ne se servent de l'adoption de cet indice pour "verdir" leur communication, tout en faisant un effort minimal, voire en trichant un peu puisqu'il y a auto-évaluation ! Cependant, le principe de la notation sur 10 est assez impliquant, et le nombre de critères pris en compte devrait objectiver les progrès réalisés et dissuader les acteurs de ce marché de faire ou dire n'importe quoi. D'autant que l'on peut imaginer que certaines associations de consommateurs (type Que Choisir) ou organismes d'utilité publique (type iFixit) se feront un malin plaisir de vérifier que les bonnes notes correspondent bien à la réalité du produit. Et sans oublier la DGCCRF qui pourrait aussi avoir son mot à dire...
 
D'autres questions tout aussi complexes finiront par se poser. Ainsi l'affichage sera-t-il aussi visible que l'ADEME le souhaite, en particulier sur Internet alors que la vente en ligne accroît sa présence ? Les fabricants profiteront-ils d'un bon indice de réparabilité pour augmenter leurs prix dans des proportions non-justifiées ? Comment feront certains fabricants pour proposer une durée supérieure des pièces détachées, à l'heure d'une économie d'échelle mondiale où certains fabricants ne s'engagent à pouvoir réparer votre produit que pour quelques années ?  Les autres pays européens adopteront-ils les mêmes étiquettes (c'est le cas pour les étiquettes "Energie") sous l'impulsion de la France ?
 
 
 
Enfin, le consommateur lambda prendra-t-il vraiment en compte l'indice de réparabilité sachant que le prix (voire la recherche du plus bas prix) est souvent le critère le plus déterminant pour les foyers modestes (et les économes !) ? Les autres pays européens suivront-ils rapidement la démarche française ? Et si oui, à quel rythme ? Car l'efficacité de mettre en place un indice pour la planète est moindre si les autres pays européens remisent leurs décisions à (beaucoup) plus tard. 
 
Autant de questions qui restent ouvertes. L'avenir est toutefois excitant comme ce projet de transformer l'indice de réparabilité en un indice de durabilité d'ici 3 ans, ce qui permettra de prendre en compte des critères plus subtiles comme celui de la solidité du produit.
 
En attendant, cet arrêté est en théorie applicable en France dès... ce 1er janvier 2021 ! Ce qui prête un peu à sourire...  Par curiosité, nous avons fait un rapide tour d'observation chez Boulanger et Darty ce 6 janvier 2020. Les enseignes mettent plutôt l'accent sur le Drive (COVID oblige) ou les services de réparation classiques. Mais les étiquettes relatives à la réparabilité sont absentes, même en magasin physique. Nous nous sommes faits passer pour des clients (ce que nous sommes aussi), sans préciser nos intentions, pour nous mettre à la place d'un consommateur anonyme.
 
Interrogés, les vendeurs étaient au courant de l'existence de ce nouvel indice mais ne pouvaient communiquer aucun détail pour le moment. A leur décharge, l'arrêté n'a été promulgué que le 29 décembre 2020 (décret n° 2020-1757 du 29 décembre 2020) ! Et en pleine pandémie, on peut admettre que les urgences des enseignes soient plutôt d'ordre sanitaire et économique. Les mieux renseignés nous ont déclaré que l'étiquetage se ferait uniquement sur les produits nouveaux, et "progressivement" (nous avons compris TRÈS progressivement), ce qui est assez logique. En outre, pour le moment, et durant deux ans, le défaut d'affichage ne sera pas sanctionné, pour laisser justement le temps au réseau de revendeurs de se mettre à jour. Ce sera l'occasion pour nous de revenir sur ce dossier à tiroirs ! 
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