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L'art du film de voyage en Transsibérien

Entretien avec Bertrand Martini

 

21 novembre 2017 par Bertrand Martini / entretien Thierry Philippon

 

transsibérien

Lorsque deux jeunes voyageurs entreprennent un voyage en Transsibérien entre Saint-Pétersbourg et Pékin, ils n'oublient pas d'emmener dans leurs bagages de quoi récolter des souvenirs de leur périple. Mais pas question de céder à la facilité. L'expérience aidant - grâce à quelques précédents voyages - Giulia et Bertrand sont partis avec une GoPro Hero 4 Silver, et un Panasonic HC-X920, camescope plus perfectionné et polyvalent que la GoPro sous différents aspects (zoom, stabilité, sensibilité...). Une polyvalence justifiée par le raisonnement que le Transsibérien en lui-même n'allait représenter qu'une partie des images, il fallait donc s'adapter à tous les terrains et tous les types d'éclairage.


Voici Sur les Rails de l'Est - le Transsibérien, ou comment ramener un film de voyage qui concilie improvisation et maîtrise, avec le seul instinct de ramener des images évocatrices, agréables à regarder, sans s'éterniser en longueur.


Captures vidéo et photos : © Bertrand Martini.



> LIRE LA SUITE : L'entretien

L'entretien

transsibérien
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TECHNIQUE

 

Magazinevideo : Quel était votre équipement matériel pour ce reportage ?

Bertrand Martini : J'ai utilisé 2 caméras : une GoPro Hero 4 silver et le caméscope Panasonic HC-X920. J'ai acheté la GoPro en 2014 dans le but de faire un film souvenir de nos vacances aux Canaries. Je m'en suis resservi à l'été 2016 pour réaliser un petit film de nos vacances en Islande. C'est une petite caméra, d’où mon choix, mais avec des limites (pas de zoom, pas de stabilisation, angle trop grand, mauvaise qualité de nuit …). J'ai donc acheté le HC-X920 pour filmer nos futures vacances. Je ne regrette pas mon choix.


Pour choisir mon caméscope, je me suis inscrit sur Magazinevidéo (je suis tombé sur le site par hasard à forcer de surfer sur internet).


Je voulais un caméscope de poing, ne filmant pas en 4K mais avec la plus haute qualité HD possible (la qualité HD en 50P est déjà tellement bien, quasi similaire à la vision humaine). Je trouve le 4K un peu « surfait », trop net. Certes il peut être intéressant de filmer en 4K puis de monter en FullHD mais premièrement il faut un PC performant, et deuxièmement, à force de lire les tests des caméscopes 4K de poing sur Magazinevideo, je me suis rendu compte qu'aucun caméscope ne filme avec un 4K parfait. Il y a toujours un petit hic quelque part, à moins de mettre vraiment le prix (en tout cas c'était le cas en Novembre 2016 quand je me suis inscrit).


J'ai donc choisi le HC-X920. La vidéo de présentation que Thierry Philippon a réalisée (les chats en hiver) m'a convaincu. Je savais que j'allais filmer la nuit. Il me fallait une bonne caméra en nocturne. Le capteur Tri-CMOS est un plus.


Je me sers de la GoPro pour les time-lapses (en 4K). Le HC-X920 propose une option time-lapses mais pas en 50p. De plus, il y a moins de choix de temps d’intervalle avec le HC-X920.


 


Transsibérien

J'utilise le trépied JOBY Gorillapod ZLR-zoom. Je le trouve très pratique. Il est petit et surtout ses 3 bras sont articulables dans tous les sens. On peut donc le fixer à une barrière ou petit arbre. Par exemple, Je n'aurais pas pu faire la scène filmée à 2'30 sans celui-ci. En effet nous nous trouvons à ce moment dans un train en Russie à destination de Irkoutsk. Nous sommes 4 dans notre cabine (en compagnie de 2 militaires russes en vacance avec qui nous avons voyagé non stop pendant 3 jours) comme vous pouvez le voir (je reviendrai sur les cabines plus loin). J'ai donc fixé le trépied en l'enroulant autour d'une barre dans le couloir du train. J'ai également fixé le trépied à une barrière à 01'46 lors du time-lapses.


PS : saviez vous que les militaires russes gradés n'ont pas le droit de sortir de Russie jusqu'à leur retraite ?!


 


MV : Étiez-vous satisfait de la qualité d’image obtenue ? Comment utilisez-vous le HC-X920 ?

B.M. : La qualité d'image est excellente en journée. En revanche cela se complique un peu quand la luminosité baisse. J'ai remarqué, en mode manuel après avoir trouvé le bon réglage, que si je filme un lieu nocturne bien éclairé (une ville de nuit comme Moscou à 00'55, crépuscule, intérieur d'une yourte par ex) l'image est très bonne. Par contre si je filme un lieu un peu moins lumineux (gare de nuit avec quelques lampadaires par exemple), l'image est un peu granuleuse. Je dois donc baisser l'ouverture, au risque de moins voir ce que je veux filmer. Voici une limite de ce caméscope.


La qualité en zoom maximal est également très bonne. En revanche je trouve que la qualité baisse un peu si l'on zoome trop et que l'on utilise, en plus du stabilisateur optique, le deuxième stabilisateur qu'offre la caméra (stabilisateur électronique) auquel on accède par l'écran LCD (en intermittence) ou la touche extérieure O.I.S (en permanence).


Le stabilisateur est bon mais a ses limites. Je naviguais en bateau sur le lac Baïkal en Russie quand je vois au loin le Transsibérien qui passe. J'ai zoomé au maximum avec stabilisateur optique + le stabilisateur de l'écran LCD. Le lac était très calme, le bateau avançait tranquillement mais je n'ai pas pu filmer le train de façon stable. J'ai donc abandonné cette scène. Elle aurait été magnifique. Sûrement que le système BOSS de Sony aurait mieux fonctionné dans ce cas là...


J'utilise donc ce caméscope la journée comme la nuit. J'utilise le trépied le plus souvent possible (stabilisateur optique sur off). Le reste du temps je filme avec le stabilisateur enclenché. Je ne vois pas l’intérêt de filmer caméscope à la main sans enclencher le stabilisateur. Je filme toujours en mode manuel (balance des blancs automatique et vitesse d'obturation entre 1/25 et 1/100). J'apprends ainsi à connaître la caméra.

Dernier point : j'utilise le grand pare-soleil 16:9 58 mm lens hood de chez Mennon (que j'ai commandé aux USA). Le pare-soleil vendu avec ce caméscope est ridicule. Je ne sais pas si le Mennon que j'ai acheté sert véritablement à quelque chose mais il a un look de pro donc je le mets aussi pour ça ;). Par contre je l'enlevais lors des prises nocturnes afin de faire rentrer le maximum de lumière dans le capteur (je ne sais pas si c'est un bon raisonnement).


 


MV : Combien d’heures de rushes à la base pour ce 6’ et quelque? Et avec quoi montez-vous ?

B.M. : 3H30 de rush avec le HC-X920 et 45 secondes de rush time-lapses avec la GoPro.


Je monte avec le logiciel Magix deluxe 2016, version de base. J'en suis très content. J'utilise un PC portable ASUS X555L. Il est composé d'un SSD de 256GB, d'une mémoire vive de 8GB, d'une carte mémoire Nvidia GEFORCE 920M et d'un processeur I7-5500u (3,0GHZ).


 


MV : Quelle sensibilité (et / ou mode) pour les scènes de nuit comme celle du début du film ?

B.M. : Je filme la nuit toujours en mode manuel. En mode automatique, les scènes nocturnes sont surexposées par le caméscope (on pourrait cependant filmer en automatique puis corriger au montage mais l'idée ne me plaît pas). Sur le caméscope HC-X920 on ne peut pas régler séparément l'ouverture et le gain. Je règle donc la balance des blancs sur le mode automatique, la vitesse d'obturation est réglée soit sur 1/25 soit sur 1/50, puis l'iris est ouvert au maximum ajouté de 9db de gain électronique proposée par la caméra. Au delà de 9db de gain, l'image est trop granuleuse.


La scène du début, filmée dans une gare quelque part perdu au centre de la Russie est une scène sans grand mouvement (il y a juste une personne qui marche dans la nuit au premier plan). J'ai donc filmé en 1/25 pour pouvoir baisser le gain électronique au minimum dans ce cas (6db je crois).


Transsibérien

MV : Quel est l’éclairage ambiant et les réglages caméra de la scène en intérieur à 4’10 ? Car cela donne une jolie ambiance.

B.M. : A 4'10 nous nous trouvons dans une yourte dans le parc Terlej (Mongolie), à 70 kms d'Oulan-Bator. Nous faisons la cuisine avec la femme de la famille d’accueil à gauche (nous avons passé 4 jours avec eux) et à droite la guide parlant un peu français pour la traduction (personne ne parle anglais là-bas). Le maître de maison s'occupait pour l'instant des champs.


La yourte est éclairée par une guirlande suspendue au plafond (type celle de Noël) reliée à une batterie de voiture. C'est tout. Je n'utilise pas de système d'éclairage supplémentaire. J'ai filmé en vitesse 1/50 car l'éclairage était bon. En revanche je ne sais plus quelle ouverture j'ai utilisé. J'ai dû faire plusieurs prises en 1/50 avec différentes ouvertures puis sélectionner la meilleure sur le PC. Comme évoqué plus haut, dès qu'il y a un peu de lumière, le HC-X920 donne une superbe image.


RÉALISATION

entretien

 

MV : Quelle est la part des scènes préparées et improvisées ?

B.M. : 1 => Aucune scène n'a été préparée à l'avance avant de commencer le voyage sauf le jonglage (voir plus loin). Nous n'avons pas repéré des lieux ou des plans sur internet que nous voulions filmer. Il s'agit d'un souvenir de vacances. Donc tout est improvisé. Je savais cependant qu'il y avait des lieux à ne pas louper : le Kremlin, la place rouge, le lac Baïkal, les plaines de Mongolie, la muraille de Chine par ex afin de créer un fil conducteur de l'histoire. Je savais également que j'allais faire des time-lapse car je trouve qu'ils donnent du rythme.


=> Il y a eu des scènes totalement improvisées ou j'ai dû vite prendre la caméra et d'autres ou j'ai pu tranquillement fixer la camera sur le trépied, désactiver le stabilisateur, et chercher les bons réglages du mode manuel. Dans ce cas il y a eu pratiquement que des scènes préparées tranquillement. Très peu de scènes sont improvisées. Les rares fois ou j'ai dû vite prendre la caméra sont lorsque de beaux paysages défilaient sous nos yeux comme à 2'36, 2'44 ou à 05'54. Je voulais faire un plan du train dans un virage assez large (2'44). J'étais à l'affût du moindre tournant dans cette partie du voyage connue pour être particulièrement belle (le train contournant le lac Baïkal en direction d'Oulan-Oude). Je sautais sur ma caméra et je filmais dès que je le sentais.


 


MV : Avez-vous regardé d’autres reportages sur YouTube sur le transsibérien pour vous inspirer de ce que vous pourriez faire à votre tour ?

B.M. : J'ai regardé dans les grandes lignes des montages vidéos sur le Transsibérien avant le départ pour avoir une idée de ce que nous allions découvrir. Mais ces vidéos n'ont pas été sources d'inspirations pour mon petit film.


 


MV : Finalement, les scènes de train ne sont pas si nombreuses malgré le titre du film. Était-ce voulu ainsi dès le départ ?

B.M. : Avant le voyage je n'avais globalement aucune idée de ce que j'allais filmé. Il s'agit d'un film amateur, un film de souvenir à regarder en famille plus tard et surtout à montrer aux proches. Donc rien n'est voulu dès le départ sauf la durée du film. Je voulais une durée de 6 ou 7 min maximum, sinon les gens risquent de décrocher.


La vie à bord du Transsibérien n'a rien de passionnant. En 2ème classe les wagons sont composés de petites cabines collées les unes à côté des autres. Chaque cabine a 4 lits. C'est tout petit. Entre les lits de gauche et de droite il doit y avoir environ 50 cm d'espace. On ne peux pas rester debout dans la cabine car on devient gênant.


On mange matin, midi et soir avec les personnes qui partagent notre cabine (ou au wagon restaurant mais c'est une minorité de personnes). C'est plus sympa de partager un repas avec les gens de la cabine, surtout si ce sont des locaux comme dans notre film). Le reste de la journée les gens dorment, lisent ou regardent le paysage défiler (le paysage est grosso modo le même pendant des milliers de km en Russie). Il n'y a rien de passionnant à filmer à bord du train à part une partie de cartes ou un repas par exemple. C'est la raison pour laquelle il n'y a pas plus de scènes de train. Je ne sais pas ce que j'aurais pu filmer d'autre, au risque de rendre la vidéo un peu ennuyeuse.


Cependant j'ai volontairement incorporé dans le film des prises des différents trains (russes et mongoles) pour que l'on comprenne que le voyage avance. La disposition des cabines et des lits est la même dans les trains russes et mongoles. C'est la décoration qui change. A 1'57 on se trouve à l'intérieur d'une cabine d'un train russe. Il s'agit de la cabine la plus « classe » qu'on ait eue (entre Moscou et Kazan). Nous étions en plus que deux. Par comparaison a 3'45 on voir l'intérieur d'une cabine d'un train mongole.


En Chine nous avons voyagé en bus et en train. On a pris un seul train chinois. Nous sommes arrivés dans le train tard le soir puis descendu tôt le matin à Pékin. Il s'agissait d'un wagon sans cabines avec des lits superposés de partout (c'est la Chine quoi...). De plus nous étions, ma copine et moi, dans deux wagons séparés. J'étais le seul européen de tout le wagon ! Tous les chinois me regardaient avec leurs grands yeux. Je n'ai donc rien filmé dans ce train.


 


MV : Comment trouvez-vous vos musiques ? Quelles sont vos méthodes de recherche ?

B.M. : Je commence toujours par survoler les centaines de musiques libres de droit que propose YouTube. Or elles se répètent très souvent dans leurs styles et ne correspondent pas du tout à mes goûts. Il s'agit la plupart du temps de musiques technos pas du tout adaptées à un petit film de voyage. Je recherche souvent des musiques très mélodiques. Je laisse donc ma copine chercher sur le net des musiques adaptées. Elle arrive à trouver des musiques adaptées rapidement. Moi j'ai beaucoup de mal. Elle a cherché dans les rubriques « musiques traditionnelles russes, musiques avec violon, musiques mongoles ».


Une fois trouvée, je la place dans Magix Deluxe, je l'étire ou la ralentie, puis je l'exporte sur mon compte Youtube et Facebook afin de voir si la musique est reconnue par ces plateformes (*). Si c'est le cas je change de musique et je recommence le même processus. Cette technique marche bien. Si la musique n'est pas reconnue, je commence le montage.


(*) NDLR de magazinevideo : dans la majeure partie des cas, les musiques sont toutefois autorisées sur YouTube moyennant la contrepartie d'un bandeau pub désactivable ou d'une vidéo qu'on peut "sauter" avant la fin.


MV : Il n’y a quasiment aucun son du terrain, hormis au début de la vidéo, votre vidéo étant soutenue par deux bandes son musicales. Si vous aviez à recommencer le mixage, vous conserveriez ce parti pris ?

B.M. : Au début de la vidéo, c'est un bruit rajouté pour donner un petit plus à l'introduction. J'avais dès le départ l'idée de faire un film court avec deux musiques qui donnent du rythme à la vidéo. J'avais peur de casser le rythme du voyage que je propose aux spectateurs en baissant la musique pour mettre des sons du terrain. Car le but de cette vidéo est de faire voyager les spectateurs avec moi.


Encore à l'heure actuelle je ne sais pas quels sons du terrain j'aurais pu mettre sur une vidéo de 6 minutes sans casser le rythme des deux musiques. Cependant si la vidéo avait été plus longue j'aurais incorporé des sons comme des dialogues entre ma copine (qui parle un peu russe) et nos différents voyageurs russes, ou les dialogues entre les membres de la famille mongole. Je n'ai pas beaucoup d’expérience en vidéo mais j'ai l'impression que l'on peut vite polluer un film avec des sons mal choisis. Je pense qu'il faut être extrêmement sélectif dans les sons. On voit trop de vidéo sur YouTube qui sont polluées par des sons de n'importe quoi.


Transsibérien

MV : Vous vous mettez en scène dans certains plans, notamment à partir de 6’ où vous jouez aux jongleurs. Comment vous est venue le principe de cette idée dynamique ?

B.M. : Rien n'était prévu avant le voyage, sauf pour le jonglage. Je savais qu'on allait se filmer en train de jongler devant le musée de l'Ermitage de Sant-Pétersbourg (non incorporée dans le film finalement), la place rouge de Moscou (qui était fermée juste ce jour là donc impossible), une yourte et la muraille de Chine. La place rouge étant entièrement fermée, nous avons « compensé » en nous filmant devant la mosquée de Kazan. Nous avons donc pris nos balles de jonglages avant de partir. J'avais montré à ma copine lors d'un voyage en Corse en 2014 que je savais jongler pour l’impressionner un peu. On avait par la suite acheté 3 balles de jonglage que l'on a jamais réutilisées. L'idée m'est venue d'un coup alors que j'étais assis dans mon canapé chez nous à Genève avant le départ. Le jour où nous avons visité Kazan, nous avions oublié nos balles dans nos sacs restés à la consigne de la gare. On a donc acheté 3 mandarines comme vous pouvez le voir à 3'35.


 


MV : Se mettre en scène, c’est facile ou c’est compliqué ?

B.M. : Je ne dirais pas que je me mets en scène. Je ne joue aucun rôle tel un acteur le ferai. Je fixe ma caméra sur le trépied, je me mets devant et je filme. C'est facile à faire. Le côté plus difficile est de trouver le bon moment pour le faire. Je pense que si le moment est mal choisi, ou si on se « met en scène » trop souvent, le film peut devenir un peu lourd. Par exemple à 01'36, nous nous filmons dans le musée du mode de vie soviétique à Kazan. Nous avions à notre disposition pleins d'uniformes militaires de l'époque. J'ai trouvé l'idée de nous filmer ainsi plutôt sympa.


 


MV : Le rythme du film est relativement lent, un peu à la façon du Transsibérien qui traverse de longues distances. C’était délibéré de faire ainsi ?

B.M. : La première musique du film, très dynamique, a été ralentie afin qu'elle ne soit pas détectée par la reconnaissance des réseaux sociaux. La seconde musique, moins dynamique, n'a pas été ralentie. Sur ces musiques mélodieuses j'ai volontairement superposé au maximum des plans vidéos « longs » dans leurs durées pour représenter la longueur du voyage.


 


MV : Pourquoi avoir fini sur un coup de feu ?

B.M. : L'idée m'est venue en essayant les tenues militaires dans le musée soviétique. Je trouvais l'idée originale et j'étais sûr d'avoir au moins une séquence pour clore mon film. De plus l'idée de rajouter des bruitages (2 au total) dans mon film me plaisait. Je ne l'avais jamais fait avant.


 


MV : 1 ou 2 anecdotes techniques ?

B.M. :Je n'ai pas vécu d'anecdotes techniques mais je vais raconter 2 ou 3 choses.

=> J'ai fait beaucoup de prises de vue depuis les fenêtres du train (soit depuis ma cabine soit depuis le couloir). J'ouvrais donc les fenêtres (qui sont toujours fermées) et je mettais ma caméra dehors (en la tenant du bout des doigts lorsque je voulais filmer le train dans des virages). Pour cela je l'attachais avec un vêtement relié à mon cou pour ne pas qu'elle tombe sur les rails.


=> Le train s'arrête souvent en gare. La fréquence et la durée des arrêts sont très aléatoires. Parfois il va s'arrêter 2 minutes, parfois 45 minutes. Je descendais si le temps d'arrêt le permettait et je filmais depuis le quai avec le trépied. Les gens me regardaient bizarrement. J'ai l'impression qu'ils ne comprenaient pas pourquoi je prenais tant de mal à filmer un train à quai (je faisais des prises sous différents angles et avec différents réglages du mode manuel donc ça prenait un peu de temps). De plus la journée il pouvait faire 8 degrés (en Russie) mais en soirée la température descendait à 2 degrés.


=> Nous avons passé la frontière Mongolie-Chine en bus. Quelle galère ! En effet il n'y avait plus de places à bord du train classique qui fait Oulan-Bator Pékin d'une seule traite (pourtant on avait réservé suffisamment à l'avance tout nos billets). On a donc pris un train à Oulan-Bator qui nous a conduit jusqu'à la frontière Mongole (sans la traverser). Puis on a ensuite pris un bus juste pour passer la frontière (il n'y a pas d'autres moyens de la traverser. A pied c'est interdit) Les douaniers chinois étaient très surpris de voir 2 occidentaux ici (d'ailleurs ils ne comprenaient pas de quel pays venait mon passeport). Ils ne parlaient pas anglais donc on ne pouvait pas répondre à leurs questions. Heureusement que certains mongoles nous ont aidé. De plus il faut payer pour passer la frontière (environ 1000 Tugrik mongoles soit 0,35 euros). On n'avait plus de monnaie mongole. J'ai donc donné un billet de 50 euros que j'avais sur moi (la dame regardait cela avec étonnement. Je pense qu'elle ne savait même pas de quelle monnaie il s'agissait. On lui a quand même écrit sur un papier la valeur du billet en monnaie Mongole pour qu'elle nous rende la monnaie correctement. Elle l'a pris puis l'a glissé dans sa poche en nous rendant l'équivalent de 10 euros de monnaie seulement. On a donc payé pour deux 40 euros au lieu de 70 centimes d'euros… Et on sentait qu'il ne fallait mieux pas contester. On a eu peur de ne jamais passer cette frontière.


On a ensuite fait 7 heures de bus (2ème bus) jusqu'à Hohhot. Autant dire que dans cette ville les gens nous regardaient avec de grands yeux et nous disaient bonjour en nous croisant dans la rue. Même la police nous a dit bonjour en nous croisant. On a ensuite pris le train de nuit donc j'ai parlé plus haut jusqu'à Pékin.


Transsibérien

Propos recueillis par Thierry Philippon.


 



(L'art du film de voyage en Transsibérien)

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