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Les formats en cinéma et vidéo depuis un siècle

Comprendre les formats de cinéma

11 août 2016 par Thierry Philippon

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formats de cinéma

Que ce soit au cinéma ou en vidéo, l’étude des formats (autrement dit, « l’aspect » de l’image sur écran) est bigrement intéressante. Les formats accompagnent les découvertes technologiques, dessinent les impératifs économiques de l'industrie du cinéma et préfigurent les tendances créatives du moment. On assiste même parfois à un retour aux sources. Ainsi le format choisi par les frères Lumière, il y a plus de cent ans n’est pas si éloigné de celui utilisé par le réalisateur Xavier Dolan, un jeunot génial de moins de 28 ans. J’y reviens en fin d'article.



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Comprendre les formats de cinéma

On définit normalement le concept du "format de cinéma" par le rapport des dimensions (largeur, hauteur) sur l’écran de cinéma. Mais le terme format de cinéma est sinon ambigu, en tout cas confus, car il désigne également dans le même temps la largeur du film, et son aspect. Malgré tout il s'est imposé et c'est bien le terme adéquat aujourd'hui.

Les formats ont continuellement évolué depuis l’origine (pas si vieille) du cinéma, mais pas aussi vite qu'on pourrait le penser. Il faut commencer par le 1.33. Ce fut l’un des premiers formats en vogue au début du 20e siècle (les Frères lumière !), et représentatif du cinéma muet. Le chiffre 1.33 (c’est une simplification, il faut écrire normalement 1.33:1) signifie que l’image est 1,33 fois plus large que haute. Cette plus grande largeur ne saute pas forcément aux yeux d’un profane car l’image est plus proche d’une impression subjective de carré que de rectangle. D’ailleurs on a appelé le format 1:33 format « carré », au même titre que d’autres formats proches, moins répandus, les 1:20 et 1:37.


tv

Aux débuts de la télévision, on retrouve ce format 1:33 (4/3) car toutes les fictions télévisuelles exploitent la pellicule empruntée au cinéma. Pour cette même raison, tous les formats cinéma amateurs ont été également conçus en 1:33, qu’il s’agisse du 8mm, Super 8mm, ou 9,5mm. Le 16mm professionnel est également en 1.33, seul le format Super16 (1.66 ou 1.85), apparu au début des années 70, fait exception.


Le format 1:33 a également été adopté pour les écrans d’ordinateur, avec des résolutions de 640 × 480, 1 024 × 768 ou 1 280 × 960. De même, les images vidéo analogiques des caméras amateurs ont bénéficié dès la fin des années 80 d'un format proche en 1:25 (720x576) car ls pixels n'étaient pas carrés. Il faudra attendre les années 90 pour que l’on reconsidère le format 4:3 et que l’on adopte un format plus proche de la vision humaine, le 16:9, qui n’est autre d'ailleurs que le 4/3 x 4/3. :)


Parallèlement, à partir de l'essor de la Nouvelle Vague (hors exceptions comme A bout de Souffle), et jusqu’à la fin du 20e siècle, le format 1.66 domine en Europe, hormis l'Italie qui préfère le 1.77. Jusqu’à une époque récente, on utilisait encore le 1.66. Exemple avec la Demoiselle d’honneur de Claude Chabrol. C'est un format dit "panoramique" qui est une solution idéale pour élargir l'image car elle ne nécessite pas d'anamorphose et ne coûte pas cher. Il "suffit" de réduire la hauteur de l'image pour y parvenir, ce qui implique l'utilisation d'un simple cache au tournage pour imaginer le cadre futur.


Mais l’Europe et les Etats-Unis suivent des logiques différentes : le standard américain préfère le 1.85. Ce format n'a pas été toujours sans contrainte de diffusion, suivant que le film était diffusé au cinéma ou à la télévision.


pillarbox

En effet, autrefois, lorsque les téléviseurs étaient en 4:3, soit l’image était tronquée (« croppée », c’est le pillarboxing), soit elle était vue selon un mode dit « letterbox », c’est à dire avec des bandes noires en haut et en bas pour la restituer dans toute sa largeur mais l'image n'occupe alors qu'une partie de l'écran.


Le 1.85 s’est maintenu malgré tout et son succès ne s'est même jamais démenti, car avec l’arrivée du format d’écran 16/9, on se retrouve avec un ratio de 1.78 extrêmement proche du 1.85 des films cinéma. En effet, de très fines bandes noires en haut et bas suffisent à faire « entrer » du 1.85 dans du 1.78. Sur certains films, cela peut se remarquer mais les cas gênants restent marginaux.


Que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis, on retrouve peu ou prou les ratios de 1.78 et 1.85 dans les formats UHD / 4K actuels : du 1.78 quand il s’agit de faux 4K (3840 x 2160), ou du 1.89, quand il s’agit de vrai 4K (4096 x 2160). Ces résolutions sont grandes mais pour autant, il ne s’agit pas de formats très larges, on « perd » du champ de vision sur les côtés.


C’est pourquoi réalisateurs, producteurs et industriels ont inventé de vrais formats larges. Les deux formats larges les plus emblématiques sont le 2.55 et surtout, le 2.35. Le premier, nommé WideScreen, est un format CinémaScope basé sur des objectifs anamorphiques, c’est à dire des objectifs qui compriment l’image cinéma dans toute sa largeur mais à la projection, un objectif adéquat rétablit les dimensions réelles de l’image (« désanamorphose »), telles qu’elles ont été filmées. Le film précurseur du 2.55 fut la Tunique de Henry Coster en 1953.


Mais le 2.55 ne vécut pas très longtemps car les objectifs à utiliser, et la piste son magnétique, posaient des problèmes techniques trop importants, et les raisonnements économiques - le cinéma est aussi une industrie - ont vite pris le dessus.


Le second format large, dit « Scope standard » ou encore Panavision, est le plus courant. Il repose lui aussi sur un principe d’anamorphose, mais l’image rétablie est en 2.35, format qui s’est imposé. Ainsi le film 2001, Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, pourtant vieux de presque 50 ans (!), est en 2.35. Et aujourd’hui, Star Wars 7, le Réveil de la Force - est toujours dans ce format qu’on n’est sans doute pas prêt de voir disparaître !


Le format 70mm (2.2) fut également inventé afin de contourner ce problème d’anamorphose mais si les West Side Story, Ben Hur, ou plus tard dans le temps, Blade Runner, ont marqué les mémoires, ce format trop coûteux a fini par être abandonné au tournage. Par contre on tire parfois des copies 70 mm à partir de films en 35 mm (Avatar de James Cameron).


Parmi les formats moins oecuméniques, il faut citer le cas très particulier du format de Xavier Dolan au format photographique carré en 1:1. Le réalisateur inventif l’a utilisé dans son film Mommy même s’il s’en écarte (sans jeu de mots) provisoirement au cours de son film en revenant à un format classique (il retourne au 1:1 peu après). Il a également utilisé le format 1.33 dans son film précédent - Laurence anyways - rejoignant ainsi le format des premiers films des frères Lumière ! Un beau symbole, même si Dolan le fait moins par hommage aux inventeurs du cinéma que par recherche émotionnelle (le format 1.33 est bien adapté aux gros plans de visages)...


On peut enfin noter un (certain) engouement pour le format vertical popularisé par le très court métrage Impact, tourné en 2160 x 3840, un pur joyau en forme d’exercice de style tourné avec une caméra spéciale, la Flex 4K.
Il faut aussi citer un retour timide du 14/9 (rapport 1.56) et du format plus carré 1920x1440 au format 4:3 sur certaines GoPro.
aoc

Il reste qu'en dehors des salles de cinéma, on est dans le compromis. La grande majorité des DVD / Bluray sont encodés en 16/9, donc selon un format 1.78. Les sources encodées en 21/9 (2.33) qui permettraient de projeter (sur un vidéoprojecteur) du 2.35 quasiment "plein pot", sont quasiment inexistantes. Côté téléviseurs, quelques tentatives de TV en 21/9, permettant d'être plus proche du 2.35, existent (chez Philips autrefois, chez LG plus récemment) mais le succès de ces TV "Cinemascope" n'est pas encore au rendez-vous.



(Les formats en cinéma et vidéo depuis un siècle)

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