Magazinevideo > Apprendre > Technique vidéo

Filmer la Tour Eiffel

3 scénarii pour un monument

06 juin 2010 par Thierry Philippon - Mis à jour le 15 septembre 2014

 

Face à une Tour Eiffel mitraillée sous le feu nourri des objectifs, la crainte du vidéaste est de ramener des images banales. Mais par chance, une oeuvre d'art de ce type offre de multiples traitements filmiques. Et même si vos prochaines vacances ne se déroulent pas dans la Capitale, tout monument imposant peut être filmé selon l’un de ces trois "scénarii".


Voici déjà ci-dessous une vidéo que nous avons réalisée à l'occasion d'un test de camescope : l'air de rien, elle concentre certains des conseils de cet article pratique.


Notez par ailleurs que la majorité des visuels de cet article sont issus de captures vidéos réalisées avec un camescope (et non de photos).


Pour ma part, avant de me pencher sur ce sujet (enfin, pas trop !), le provincial que je suis (le siège de magazinevideo est en Saône-et-Loire...) pensait naïvement que filmer le Tour Eiffel se cantonnait à gravir l’édifice jusqu’au 3e étage, puis à rendre compte du superbe point de vue sur Paris pour s’offrir un final selon une belle redescente en travelling par l'ascenseur. Le « scénario » étant identique pour tous, le vidéaste que je suis risquait donc de réaliser le même film que des milliers d’autres amateurs. Or on rêve toujours de faire le film que personne n'a encore fait ! Et comme me disait un collègue empli de bon sens, Spielberg a peut-être déjà filmé la Tour Eiffel mais moi, je ne l'ai pas encore filmée, donc ça m'intéresse de tenter l'exercice !


Tour Eiffel

Rassurez-vous, un monument d’envergure donne lieu à d’innombrables « points de vue ». Il est impossible que deux films se ressemblent. Et cela vaut pour tous les monuments. Partant de là, voici 3 approches distinctes :  : touristique, "culturel-historique" ou artistique. Si vous jugez ces approches trop « compartimentées », pas de panique, rien ne vous interdit de piocher des éléments et les mixer à votre sauce.



> LIRE LA SUITE : Le film touristique

Le film touristique

   
 

L'approche touristique est évidemment l’approche la plus simple, c'est pourquoi elle convient au débutant. Mais le vidéaste expérimenté peut aussi préférer cette solution, faute de temps ou pour ne pas se compliquer la vie. L’approche touristique peut mêler des séquences classiques et soignées mais aussi des éléments plus inventifs.


 
Tour Eiffel
 
Un bon truc du film touristique est de penser "plan de situation" en présentant une première vision du monument de loin sous différents axes. Dans le cas de la Tour Eiffel, il est facile de saisir l'édifice depuis un autre monument (Basilique du Sacré Cœur, Trocadéro, Tour Montparnasse...). Cette captation à distance comporte deux avantages : elle permet, à l’instar de nombreux reportages, de situer immédiatement le sujet principal dans son environnement. D’autre part, ce type de plan apporte une vraie solution au vidéaste qui reste désavantagé par rapport à l’amateur photo. En effet, de près, la verticalité d’un monument imposant pose problème pour faire entrer l’édifice dans un cadre 4:3 (ou même 16 :9). Reculer de plusieurs centaines de mètres s’impose alors comme une évidence.
  Tour Eiffel
 

De près cette fois, la vue entière du monument est la plus difficile à « caser » et la moins intéressante, car la plus banale. Préférez un panoramique rapproché sur des éléments de détails que vous aurez pris soin de repérer à l’avance. Une alternative possible est de tenter de faire "entrer" l'édifice dans la diagonale de votre cadre (en penchant le cadre). A vous de voir si votre style habituel s'accommode de cette figure acrobatique.


  Tour Eiffel
 

Je vous conseille de vous poster devant l'un des tableaux des tarifs qui sont répartis aux quatre pieds de la Tour. D'abord, pour votre propre gouverne, vous prendrez ainsi connaissance des prix actualisés (la société gestionnaire de la Tour les changent tous les ans). D'autre part et surtout, il sera intéressant de montrer à l'aide de votre caméra que d'un point de vue touristique, le monument est visité par les nationalités du monde entier. A ce titre, filmer un couple asiatique (ou indien) sera plus parlant que de choisir un couple de suisses ! C'est une scène facile à obtenir, à la Tour Eiffel, les camescopes passent plutôt inaperçus tant il y en a !


  Tour Eiffel
 

Une fois sur l’édifice, votre film peut s’établir selon une logique de progression. Il s’agit de ne pas rater un élément important en cours de route. Cela dit, le chemin emprunté à l’aller étant souvent identique au retour, une 2e chance vous sera accordée ! Soyez attentif aux détails : un chapeau, une écharpe peut s’être envolée et rester accrochée quelque part. Ces accessoires témoignent à leur façon de la hauteur de l’édifice.


Si un ascenseur est au programme lors de la montée, profitez-en pour réaliser un superbe travelling. Revisionnez toutefois la séquence car différents incidents ont pu se produire : bousculade, vitre sale, autofocus en perdition, contrejour... Vous aurez droit à une seconde chance en redescendant...
 


  Tour Eiffel
 
Le film touristique concède quelques vues chocs depuis les hauteurs. De toutes façons, vous n’y résisterez pas ! L’exercice mérite à mon avis autant de vues larges que de séquences prises au téléobjectif. Amusez-vous donc à les alterner.
  Tour Eiffel
 

La prise de vues depuis une tour gigantesque laisse souvent parler le zoom. Voyez si plusieurs plans à des focales différentes ne valent pas mieux. Le spectateur aura moins le sentiment que vous improvisez. En effet, les zooms étant rarement préparés, ils ne se déroulent pas toujours comme prévu. Parmi les incidents fréquents : accélération impromptue, achèvement par un flou involontaire, ou encore tremblement par insuffisance du stabilisateur.


Un dernier conseil : au Téléobjectif, stabilisez autant que possible le camescope sur un appui naturel. Attention, aux vibrations que pourraient causer d’autres touristes.


 
 
Des vues de détail comme celle-ci, parce qu'elles rappellent la nature du monument que vous visitez, permettent de structurer le film touristique.
  Tour Eiffel
 
Au sommet, des panneaux indiquent l’orientation et la distance des principales capitales mondiales. Voyez si un travelling en marchant le long des drapeaux des pays peut constituer une éventuelle séquence de fin.


(Filmer la Tour Eiffel)

Le film historique et culturel

   
 

Ce type d’approche est à la portée de tous mais convient mieux à ceux qui cherchent une vraie construction, un « thème dans le thème ». Par chance, le gestionnaire de l’édifice met souvent tout en oeuvre pour que les aspects historiques ou culturels soient visibles du public. Le scénario devient alors facile à élaborer. Encore faut-il savoir en repérer les éléments constituants.


 
  a
 

Il y a les évidences : le bâtisseur du monument par exemple. Dans le cas de la Tour Eiffel, un buste de l’architecte siège au niveau du pilier Nord. On peut aussi capter les lieux historiques célèbres comme le restaurant « le Jules Verne » du 2e étage et les lieux plus méconnus comme le bureau du bâtisseur au 3e étage, toutefois nettement plus difficile à filmer (mannequins de cire derrière une vitre).


En passant par le pilier Sud (escalier), vous pourrez aussi filmer la machinerie historique de 1899.


  Tour Eiffel
  Tour Eiffel
 

L’intérêt d’emprunter l’escalier est aussi de poser son objectif sur les multiples panneaux du "Journal de la Tour Eiffel" qui jalonnent l’ascension. Ces panneaux racontent les incroyables mésaventures, petits et grands exploits, qui ont rythmé la vie de la Tour Eiffel depuis plus de 120 ans. En 1891, on tente son escalade sur des échasses, de 1900 à 1914 retentit le « Canon de midi » qui permet aux Parisiens de régler leurs montres, en 1927, Lindbergh se dirige grâce à la Tour Eiffel, en 1977, un drive du golfeur Arnold Palmer retombe au 2e étage, en 1983, une moto de trial emprunte les escaliers, etc. Autant d’événements matérialisés par des panneaux qui vous évitent tout commentaire : il vous suffit ensuite d’enchaîner les vues de chaque événement en les laissant environ 3 secondes chacune.


  Tour Eiffel
 
Depuis l'escalier, vous accéderez - paradoxalement - bien mieux à des vues externes des fameux ascenseurs de la Tour Eiffel, qui ont été si difficiles àélaborer en raison de l'inclinaison de la Tour et des problèmes de sécurité. Ils sont intéressants à filmer car certains d'entre eux ont conservé un liftier très réaliste, assis sur sa chaise à l'extérieur de la cabine !
  Tour Eiffel
 

Au sommet, au 3e étage, coup de zoom sur une plaque discrète mais importante : elle rappelle que les soldats d’un général - Gustave Ferrié - installèrent un poste de radiotélégraphie militaire en 1908 qui sauva la tour d’une démolition certaine. En effet, la Ville de Paris voulait récupérer le site pour aménager un jardin public !


Dernière piste : le film historique et culturel peut aussi se construire à partir d’un mixage entre vos propres images et des vues anciennes que vous pouvez récupérer (voir ce site avec des photos anciennes). On connaît les fameuses vues assez faciles à trouver de la construction de la Tour Eiffel étage après étage. Seule condition à respecter, votre film doit se destiner à un usage strictement privé ou clubiste.



(Filmer la Tour Eiffel)

Le film artistique

   
 

L’approche artistique est à réserver à ceux qui ont du temps et du talent. Pas de dogme en matière de créativité. Mais dans le cas d’un monument, on peut tout de même poser quelques jalons. L’idée est d’abord de miser sur une composition de plans audacieuse ou insolite. Bref, sortir des sentiers battus.


 
Tour Eiffel
Plutôt que de filmer l’édifice de plain pied, choisissez un avant-plan (par exemple une statue) en laissant le monument en arrière-plan.
Tour Eiffel
 

Sur un plan artistique, le filmage d’un édifice permet de s’en donner à cœur joie, car les lignes architecturales peuvent être saisies de mille façons. Ainsi, en été du moins, l’ombre majestueuse de l’édifice a toutes les chances de venir chatouiller les pieds des passants au loin, en contrebas... Ici, ce plan matinal où la Tour Eiffel se fait de l'ombre, ne peut être obtenu qu'à certaines périodes de l'année (été) et dans des conditions particulières d'ensoleillement. Vous aurez de la chance si vous l'obtenez !


 

Tour Eiffel


 

Les vues en surplomb vertigineux étant inhabituelles à l’œil humain, on peut aussi cadrer des personnages qui seront écrasés par la perspective mais donneront à vos images un aspect un peu irréel, comme ces footballeurs que j'ai filmés.


 

Tour Eiffel


Tour Eiffel


 


On peut aussi jouer sur les gros plans, les détails. De nombreux monuments possèdent ainsi des longues vues qui peuvent être utilisées. Une séquence possible est de zoomer sur l’orifice de la longue-vue jusqu'à obtenir un flou puis d’enchaîner ce plan avec la vision d’un élément du paysage pris au téléobjectif.


Avec l’aide d’un(e) complice, éventuellement un enfant, le monument peut être vu en alternant les réactions du personnage avec les vues de l’architecture : émerveillement, surprise, découverte... On peut aussi mettre en scène le personnage et lui demander de se déplacer depuis des endroits clés où le panorama est particulièrement beau. La caméra peut le suivre en travelling ou le faire entrer/sortir du champ...


  Tour Eiffel
 

Avec ce type de plan filmé depuis le troisième étage de la Tour, on est proche de la technique du Tilt-Shift. Vue effectuée au maximum d'un zoom x12.


 

Tour Eiffel


Tour Eiffel
 
Dernière idée de départ ou de conclusion : filmer de jour et de nuit. Mais pas de n’importe quelle façon. Tentez d’exploiter la fameuse technique du point de vue identique qui consiste à enchaîner au montage une même vue diurne et nocturne. Pour réussir ce type de séquence, il faut prendre un repère fiable (marque sur le sol ou autre) se souvenir de l’orientation et de l’inclinaison précise du corps. Un muret peut vous y aider, voire un trépied bien évidemment. Bonne chance !


(Filmer la Tour Eiffel)

10 pièges à éviter

1) Débrayez impérativement l'autofocus et l'iris lorsque vous filmez depuis l'ascenseur. En effet, les alternances des poutrelles provoquent une réaction de pompage de la mise au point et de l’expo.


2) La prise de vues depuis l’ascenseur procure des images de toute beauté par beau temps. Encore faut-il que vous puissiez filmer sans être coincé au milieu des touristes. Petite stratégie requise : se précipiter en premier ou rester bon dernier selon les cas (attention, un liftier fait la police).


3) Attention aux barres métalliques : filmés de près, les motifs métalliques réguliers comme ceux de la Tour Eiffel peuvent provoquer une réaction du capteur désagréable en cas de mouvement de votre part, sous forme de « vibration » des lignes droites. Prenez la peine de faire une essai et de contrôler sur écran. Si cela se produit, n’abusez pas de ce type de plan.


4) Pour minimiser les moments d’attente : une bonne solution est d’escalader les marches jusqu'au 2e étage depuis le pilier Sud puis de prendre l’ascenseur une fois parvenu à ce stade. Vous évitez ainsi l’interminable attente depuis le sol, d’autant qu’un 2e ascenseur (et l’attente qui va avec) est nécessaire pour monter du 2e au 3e ! Cumulez aussi vos chances en arrivant dès l’ouverture (9H). Plus la journée avance, plus il y a foule.


5) Protéger son camescope : l’exiguïté de certains passages, surtout au 3e étage ou dans les files d’attente, sont propices aux chocs, ou aux bousculades, voire aux vols. Plus qu’ailleurs, veillez-y !


6) Camescope en bandoulière : l’excitation de la visite ne doit pas vous faire perdre votre prudence : il y a de nombreux endroits où on peut échapper son camescope. Un étourdissement dû au vertige est toujours possible...


7) Gérer les contrejours : vous rencontrerez fréquemment des situations de contrejours sur les monuments. Pensez à réviser pour savoir où se trouve la touche (ou la fonction) « Backlight ».


8) Si vous filmez à peu de distance des grillages, nombreux sur la Tour Eiffel, débrayez l’Autofocus, il y a de grandes probabilités que l’appareil fasse le point sur l’acier, pas sur le paysage !


9) En filmant dans l’escalier, des vibrations sont fréquentes à l’approche d’autres personnes, même si elles se situent 3 mètres plus bas, tenez-en compte !


10) Attention, l’illumination de la Tour Eiffel est théoriquement protégée en termes de propriété intellectuelle (c’est ainsi).


Tour Eiffel


(Filmer la Tour Eiffel)

La Tour Eiffel en pratique

-Horaires : de 09h00 à minuit du mi-juin à fin août .
de 09h30 à 23h00 du 1er janvier au 15 juin et du 3 septembre au 31 décembre .


-Tarif : 13,10 euros (sommet du 3e étage par ascenseur).


-Tarif billet d'entrée ascenseur (jusqu'au 2e étage) : 8,10 euros


Site officiel : http://www.tour-eiffel.fr
Site avec des photos anciennes


Tour Eiffel avec camescope


(Filmer la Tour Eiffel)

Cet article vous a plu ?
Soutenez notre indépendance
Des tests objectifs, des articles pointus,
des pubs non-intrusives,
dépendent de votre soutien
Voir les avis d'internautes et donner le vôtre