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7 exemples de "docu" amateur

18 octobre 2016 par Thierry Philippon

 

immeuble

L'amateur a du temps qui manque cruellement au professionnel, de plus en plus contraint de produire des news et des sujets rapidement faits. Ce capital temps peut être mis au profit du documentaire. Mais que recouvre exactement le "docu" pour l'amateur ?


D'abord, ne froncez pas les sourcils, même si vous estimez que le documentaire, ce n'est pas pour vous. Détrompez-vous. Le "docu" peut parfaitement s'adresser à l'amateur que vous êtes. D'ailleurs, tel Monsieur Jourdain, vous pratiquez peut-être le genre sans le savoir ! Les professionnels, à travers les films qui ponctuent la fantastique aventure du documentaire, sont une précieuse source d'inspiration pour l'imagier. Alors voici un petit cocktail d'idées et de conseils, en 7 chapitres, inspirés de documentaires célèbres ou moins connus, pour pratiquer ce genre si enrichissant.



> LIRE LA SUITE : Choisir un angle original

Choisir un angle original

darwin

De nombreux réalisateurs de documentaires s'efforcent de choisir des thèmes originaux. Ainsi, dans le Cauchemar de Darwin, film qui a remporté (entre autres) en 2004 le Prix du Meilleur film documentaire européen, Hubert Sauper prend pour prétexte le commerce prospère de la perche du Nil en Tanzanie pour s'attarder sur les conséquences inattendues qui en découlent : violences, prostitution et ventes d'armes à destination de la région des Grands lacs… Mais suggérer une étroite relation entre un poisson d'eau douce et des kalachnikovs (c'est d'ailleurs l'affiche du film) a requis plusieurs séjours sur place et une obstination de quatre ans de tournage (entrecoupés de pauses) ! Hubert Sauper a eu beaucoup de chance car peu de sociétés de production acceptent de se lancer dans de tel "marathons" documentaires.


La situation est plus simple pour l'amateur qui peut trouver des angles originaux sans être tenu à des impératifs de production ou de rentabilisation. Le non-professionnel n'est pas davantage obligé de coller au cahier des charges d'une émission ou au style d'une chaîne. Prenons un exemple. Plutôt que de filmer son animal de compagnie dans ses différentes activités journalières (bâillements garantis !), le vidéaste amateur sera bien inspiré de retracer la vie insouciante de son compagnon à quatre pattes en intercalant des scènes animalières paisibles venant tempérer le stress de la vie moderne. La démarche reste documentaire et se voit saupoudrée d'originalité grâce au caractère inhabituel de l'angle choisi.


montmartre
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amélie

L'activité touristique peut aussi inspirer l'apprenti documentariste. Prenons Montmartre. Dans le cas d'un reportage classique, l'amateur filme généralement la Basilique, le Funiculaire, le superbe point de vue sur Paris, la Place du Tertre, et au mieux, le Bateau-lavoir, et le Moulin de la Galette. Certes, le voici paré d'un reportage-souvenir sur un des lieux les plus sympathiques de la Capitale mais l'angle du sujet reste banal. C'est d'ailleurs celui que tout touriste avisé filmera, non ? !


Alors, imaginez un traitement plus documentaire grâce aux nombreux films tournés sur la Butte. Choisissez par exemple le plus emblématique d'entre eux - le fabuleux destin d'Amélie Poulain - et tentez d'interroger les responsables des commerces (le Café des 2 Moulins, l'épicerie de M. Collignon) et des autres attractions du film (le manège en contrebas du Sacré-Coeur) qui ont servi de lieux de tournage au film de Jean-Pierre Jeunet. Tentez de savoir s'ils ont assisté à quelques scènes avec les deux principaux personnages du film (Audrey Tautou et Mathieu Kassovitz), si des touristes font souvent allusion au long métrage, comment les habitants ont vécu cet hommage à leur quartier, s'ils ont vu le film au cinéma ou à la TV… Et si les responsables des commerces se montrent réticents à s'exprimer devant une caméra, filmez au moins les devantures et panachez vos vues personnelles avec les scènes réelles du film. Vous obtenez ainsi une belle petite construction documentaire…


(*) Le Cauchemar de Darwin de Hubert Sauper, DVD Arte vidéo.Le fabuleux Destin d'Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet, TF1 Vidéo.



(7 exemples de "docu" amateur)

Retranscrire fidèlement l'atmosphère d'un lieu

retranscrire l'atmosphère d'un lieu

Qu'il s'agisse d'une station balnéaire en basse saison, un paysage de montagne ou un temple bouddhiste, la façon dont on restitue l'atmosphère d'un lieu différencie souvent l'angle reportage de l'angle documentaire. Schématiquement, pour décrire un lieu, l'angle reportage privilégie l'efficacité au moyen de plans courts et informatifs, alors que l'angle documentaire installe le spectateur dans le lieu. La réussite de l'exercice tient donc fatalement au temps passé sur place. Par chance, le traitement documentaire est le mieux adapté à l'amateur car ce dernier, outre le temps dont il dispose, n'est pas tenu à des impératifs de dramaturgie ou de récit journalistique. Il peut laisser courir le tempo de la séquence, et s'autoriser des plans presque "ennuyeux", par opposition aux plans courts productifs des films professionnels.


ambiance

Prenons l'exemple d'une scène matinale dans un lieu de vacances au bord de la mer. Le jour se lève. L'amateur peut alors restituer l'atmosphère du lieu en filmant des scènes en apparence anecdotiques. Celle de l'oiseau qui, d'un matin sur l'autre, revient picorer quelques miettes sur la terrasse du bungalow. Celle du serveur encore ensommeillé, qui déplie machinalement ses nappes pour les poser sur chacune des tables du restaurant. Ou celle, enfin, du taxi qui attend devant l'hôtel, un hypothétique client en partance pour une excursion matinale.


Sachez aussi écouter. Retenez que les sons de votre environnement proche, apportent autant d'informations que de sensations. Filmez votre chambre d'hôtel pendant qu'on distingue - hors champ - le bruit que produisent les vagues en heurtant les récifs. Vous stimulerez ainsi chez le spectateur des sensations liées à son propre vécu.



(7 exemples de "docu" amateur)

Tenter le docu amateur autoscopique

autoscopie

Le voyageur et vidéaste Antoine de Maximy, pour sa série "J'irai dormir à Hollywood" (*) a conçu un dispositif composé de deux caméras miniatures harnachées à son corps qui filment la scène et sa réaction (+ une 3e caméra plus classique). Sans atteindre ce degré de technicité, l'autoscopie permet une approche documentaire intéressante.


Imaginons un amateur filmant l'ascension du Kilimandjaro, point culminant du continent africain. L'approche classique du reportage sera constituée de scènes de préparatifs puis de l'ascension en elle-même, ponctuée des différents paysages traversés, de l'ambiance des bivouacs, et des difficultés rencontrées jusqu'au sommet où l'amateur peut enfin savourer la superbe vue depuis le Toit de l'Afrique.


(*) J’irai dormir à Hollywood est la version cinéma de J’irai dormir chez vous, série documentaire diffusée sur les chaînes Voyage, Canal Plus et France 5. Antoine de Maximy y part à la rencontre des « vrais gens », muni d'un dispositif technique constitué de deux caméras miniatures fixées sur son corps. La première filme Antoine en vision objective au bout d'un bras télescopique tandis que la seconde, arrimée à son épaule, capte la scène en vision subjective. L'ensemble est relié à un dispositif d'enregistrement.


autoscopie

L'approche plus documentaire consistera à juxtaposer aux scènes d'ascension classiques (celles du reportage) des images autoscopiques où l'amateur se filme lui-même au fur et à mesure de l'évolution de sa fatigue et de la progression vers les cimes. L'autoscopie est cruelle en situation d'efforts physiques intenses, mais procure une touche d'authenticité sans égal. De plus, l'amateur peut poursuivre la narration, au petit matin, au moment des pauses, ou le soir venu.


HDR-AZ1

Cette approche autoscopique est grandement facilitée aujourd'hui par les actioncam, qui pour les marques les plus connues (GoPro, Sony...) disposent de systèmes de harnais ou d'accroches (sur bretelle de sac à dos, en serre-tête, etc.) permettant de filmer ce qui se passe devant ou de côté ou vers soi, tout en permettant au vidéaste de marcher librement.


Pratiquer l'autoscopie n'impose pas nécessairement de réaliser des exploits sportifs ou de vivre des aventures compliquées. L'approche documentaire restera tout aussi intéressante, si - à la façon d'un carnet de voyage vidéo - vous parvenez à rythmer un périple avec des scènes face à la caméra où vous racontez l'étape du moment ou des anecdotes. Attention, même si vous possédez un assez grand talent d'improvisation, un minimum de préparation est requis. Tentez de connaître à l'avance la thématique générale de votre propos et ajustez le cadre sans vous centrer, de façon à laisser le reste de l'image "parler" également. Au besoin, réitérez la scène.



(7 exemples de "docu" amateur)

Trouver un dénominateur commun dans la banalité

unmade unmade bds

Quoi de plus banal qu'un célibataire cherchant l'âme soeur dans une grande cité occidentale ? Pour son film Unmade beds ("Lits défaits"), le britannique Nicholas Barker est pourtant parti de cette simple idée mais a juxtaposé la vie de quatre new-yorkais célibataires (deux hommes et deux femmes) qu'il a suivis durant un an. Au fil des saisons qui s'égrènent, chacun des personnages du film témoigne de sa quête affective à travers ses doutes et ses désespérances. C'est bien sûr le dénominateur commun entre les personnages - le célibat et la recherche un peu vaine du grand amour - qui rend le film captivant. Le talent de cadrage du réalisateur fait le reste. Animé par cette même idée de rapprocher "artificiellement" des individus, le reporter Michel Parbot, en 1972, a comparé la vie d'un jeune français citadin de 10 ans à celle d'un chinois du même âge, les deux enfants s'exprimant tour à tour sur leur environnement quotidien très opposé culturellement.


berlingots
Miser sur des rapprochements entre des individus que tout oppose, est tout à fait à la portée de l'amateur. Imaginer des dénominateurs communs entre deux ou plusieurs personnages, permet de s'affranchir du reportage traditionnel afin de créer de sympathiques petits documentaires. Ainsi, je me souvien d'un film de Louis Pireyre qui a su établir un parallèle malicieux entre la méthode artisanale d'un fabricant de berlingots à Madagascar et l'approche plus technologique d'un confiseur français de Carpentras, fabricant de ce même bonbon. Bien d'autres comparaisons sont à imaginer…


(7 exemples de "docu" amateur)

Oser la "mise en scène"

nanouk

Le documentaire est au coeur d'un paradoxe. Sa "marque de fabrique" est rattachée à celle d'un cinéma ancré sur le réel (dont il se nourrit), mais le "docu" a recours à la mise en scène pour parvenir à ses fins. Pour autant, mise en scène ne signifie pas tromperie, supercherie, tricherie. Quoique issue du théâtre et du cinéma, elle s'impose comme un des ressorts du documentaire. Ainsi, dans Nanouk l'esquimau, film de référence considéré comme le premier documentaire au monde, Robert Flaherty retrace aussi fidèlement que possible la vie et les coutumes d'un pêcheur Inuit et de sa famille dans l'Arctique canadien. Le document (muet) qu'il rapporte part de scènes authentiques mais Nanouk joue pourtant l'acteur à sa façon puisqu'il reproduit les scènes de son quotidien sous l'impulsion directe de Flaherty. Le réalisateur est un ethnologue explorateur, pas un cinéaste. Et sans mise en scène, point de salut ! Flaherty poussa d'ailleurs la mise en scène jusqu'à développer ses films sur place et montrer les rushes à ceux qu'il filmait pour enrichir la trame narrative de Nanouk l'esquimau. Au total, sa recherche anthropologique et filmique le motiveront à rester seize mois dans les grands froids arctiques…


guide

L'enseignement que l'on peut tirer du film de Flaherty est que l'amateur, qu'il soit anthropologue, enseignant, commercial ou retraité, a tout à gagner à mettre en scène son sujet. Application pratique : vous voici embarqué dans un voyage touristique. Dans le cas fréquent où vous êtes accompagné d'un guide, la forme élémentaire de mise en scène est de prier votre guide (gentiment !) d'attendre quelques secondes pour que vous vous placiez correctement. Conseil évident ? Pas tant que cela car bien souvent, le guide, obnubilé par son timing, commence son discours avant que vous ne soyez véritablement en train d'enregistrer. Demandez-lui également de parler bien fort car un guide dont on entend très mal les propos, c'est une séquence inexploitable !


Une mise en scène légèrement plus sophistiquée consiste à suggérer à votre guide telle ou telle action qu'il aurait probablement effectuée comme de discuter en langue locale avec des habitants. Votre seule limite, ne pas trahir la personne mise en scène en lui faisant faire ou dire n'importe quoi.


Autre xemple : au cours d'un voyage en Indonésie, vous rencontrez un villageois qui a vécu un tremblement de terre car sa maison était située à quelques dizaines de kilomètres seulement de l'épicentre du séisme. Tout s'est bien terminé pour lui mais il a eu la peur de sa vie ! Il vous raconte comment les événements se sont enchaînés. Tentez dans ce cas - sur son commentaire off - de lui faire rejouer la scène telle qu'elle s'est déroulée : il préparait un plat dans sa cuisine, il a senti un premier tremblement faible, puis un deuxième quelques secondes après, enfin un troisième, terrifiant… Après le deuxième, il a eu le réflexe d'éteindre le feu de la gazinière et est sorti précipitamment de sa demeure. Comme dans Nanouk, votre mise en scène consiste à reproduire une scène qui s'est réellement déroulée ainsi. Les séquences, bien évidemment, gagnent en force par rapport à une simple narration des faits. Votre seule limite, ne pas trahir la personne mise en scène en inventant une action qu'elle n'aurait pas effectuée.


 


Nanouk l'esquimau de Robert Flaherty
Distribué chez Arte, 3,99 € en location par fichier (48H) ou 10,99 € (vente)
http://www.artevod.com/programDetails.do?emissionId=1847



(7 exemples de "docu" amateur)

Pratiquer le documentaire animalier

oiseaux
oiseaux

Le registre animalier est doublement particulier. D'une part, il est intimement lié au genre documentaire. D'autre part, c'est un secteur où amateurs et professionnels font jeu égal car ils doivent affronter les mêmes contingences : préparation et documentation sur le sujet, repérage approfondi, fabrication de caches pour affûts, apport d'un téléobjectif puissant, enfin une infinie patience pour tourner des scènes qui se produiront selon le bon vouloir des "acteurs" et non selon le planning prévu ou les conditions météo !


L'amateur a même certains avantages sur le professionnel : il est libéré de toute considération d'ordre économique et se paye le luxe d'une liberté "éditoriale" totale. Il peut ainsi réaliser des documents sur les sujets les plus inattendus. Un instituteur, Daniel Auclair, a ainsi réalisé plusieurs films sur l'observation de la vie aquatique dans une simple mare. Ces petits courts métrages de qualité lui ont donné l'occasion de réaliser plusieurs courts métrages aussi captivants que créatifs (*) qui se sont par ailleurs distingués dans quelques festivals ciblés. Dans un registre un peu différent, Jean André, électricien de formation, a remporté un prix au 20e Clap d'Or en filmant avec une Canon XM2 une nichée de cincles plongeurs, oiseaux totalement inconnus du grand-public.


(*) la Mare aux Drames, les dents de la Mare



(7 exemples de "docu" amateur)

Filmer la métamorphose d'un quartier

7447
rue boyr

Un quartier dont le visage se transforme au fil du temps, est une mine d'or pour le documentariste. Cette thématique implique davantage l'amateur car selon la vieille Loi de proximité, on se sent d'abord concerné par la vie de son quartier ou de son village avant de s'attarder sur le reste du Monde. L'amateur peut prendre pour point de départ son habitat actuel ou un ancien lieu de résidence riche en souvenirs. L'idée consiste à juxtaposer deux époques dans un documentaire qui raconte la façon dont le lieu - votre lieu - s'est transformé. Le documentaire évoque tour à tour passé et présent au moyen de vues "comparatives". Toutefois, les vues actuelles seront probablement les plus fournies car les plus faciles à réaliser. N'hésitez pas à vous lancer dans une approche très personnelle. Le plus simple est de commenter vous-même les images. Mais si vous retrouvez des témoins de l'époque (par exemple la patron d'un bar ou la concierge d'un immeuble), rien ne vous interdit de les inciter parallèlement à raconter devant la caméra la façon dont le quartier a évolué…


Côté séquences, deux cas de figure sont possibles : soit vous êtes un cadreur de longue date et possédez des images vidéo (ou cinéma) de l'époque, vous permettant d'établir une comparaison avant/après. Dans ce cas, partez de vos anciennes images et basez-vous sur ces dernières pour filmer les lieux actuels. Au montage, juxtaposez anciennes et nouvelles images, et le tour est joué !


Soit vous ne disposez d'aucune image de l'époque. Rassurez-vous, la situation n'est pas désespérée. Avec un peu de chance, le services des archives de la Mairie possède peut-être des vues d'époque reproductibles à des fins privées. Même de simples photos feront l'affaire car au montage, il est facile de placer un commentaire en voix off sur des images fixes. Le parallèle peut s'avérer émouvant entre des images très anciennes et contemporaines. Ici, un terrain vague a laissé place à un immeuble high-tech. Là, une tour de 8 étages se dresse à l'emplacement de votre ancien quincaillier !


Pour accroître l'effet de métamorphose, il est très important de reproduire si possible les mêmes angles de vues pour que la comparaison gagne en intensité. Effet assuré !


tour


(7 exemples de "docu" amateur)

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